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FEODALISME OU CAPITALISME ?

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Catégorie : National
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Batay pèp ayisien an kont  aloufa étranje yo osi byen kont aloufa nan peyi a se yon  chemen sakrifye ki pa gen fen. Bon dirijan batay sa yo pa janm bese bra yo ni fè jenou tè. Jak Woumen, Jak Aleksi, Janjak Desalenn Anbwaz, gen tan dot ankò, youn  swiv lòt yon pran flanbo sa ki tombe avan an e pi  kontinye batay liberasyon an..   Tankou  kanmarad  Stalin te di li : » yon lit ki kòmanse, kap devlope pa fouti  sispann»Dress fr Robe Popper Fourreau Khaki Missguided Midi Zalando 8nNPk0wOX
Sak pa  kwè zafè a yo.

NPCH( Nouveau Partti Communiste Haïtien)
 
AVANT-PROPOS
D’autres compatriotes ont essayé dans des textes plus ou moins épars de répondre à cette question. Et pourtant que d’interrogations demeurent encore, tant sur le plan de l’histoire de notre formation économique et sociale que sur celui de l’analyse concrète des divers types de relations de production dans le pays. Le problème est d’importance pour le mouvement révolutionnaire haïtien. Il s’agit à la fois, à l’étape actuelle, de la justesse des perspectives fondamentales de la lutte libératrice du peuple et de la détermination correcte des différentes forces sociales appelées à jouer un rôle positif dans cette lutte. Il suffit de penser à la place occupée (directement ou indirectement) par cette question dans les divisions qui ont marqué le mouvement de 1946 à 1969, année de l’unification des deux principales formations communistes du pays. Et de nos jours encore, certains de nos intellectuels reprennent le problème, non pas avec un souci scientifique de clarifier la question, mais pour en faire un cheval de bataille contre le mouvement révolutionnaire, en particulier contre le Parti Unifié des Communistes Haïtiens.
 
Ce texte écrit depuis plus de deux ans a été remanié seulement dans sa première partie. Je dois prévenir le lecteur qu’il ne doit pas s’attendre à y trouver une interprétation nouvelle quelconque. J’ai tout simplement voulu approfondir et systématiser un certain nombre d’idées déjà émises par des chercheurs marxistes haïtiens, principalement Jean-Jacques D. AMBROISE et Mario RAMEAU, et qui, soit par leurs travaux, soit par les nombreuses discussions que nous avions eues ensemble, ont beaucoup contribué à dégager ne vision globale de l’évolution de la formation économique et sociale d’Haïti depuis l’Indépendance (1804). Il me faut remercier tous les amis qui ont relu et corrigé le manuscrit, et aussi ceux qui en ont rendu possible la publication.  Mon seul espoir – et ce sera surtout ma plus grande satisfaction est que cet essai aide le lecteur intéressé à mieux comprendre la réalité haïtienne et le sens du combat que mènent les révolutionnaires de notre pays pour abattre la tyrannie duvaliériste et transformer cette réalité au profit de nos millions d’exploités.
INTRODUCTION
Une claire compréhension des divers aspects du drame actuel que vit notre pays exige une sérieuse réflexion sur l’Histoire nationale, non seulement l’Histoire des cinquante dernières années, mais aussi celle de tout le dix-neuvième siècle, depuis notre première indépendance en 1804. La connaissance historique a une importance capitale dans l’éducation des masses pour leur action libératrice. Dans les pays qui affrontent la domination coloniale ou néo-coloniale, il est encore plus impérieux, pour les avant-gardes politiques, de bien assimiler tout au moins les grandes lignes de l’évolution de la formation sociale, à cause même de la permanence dans l’actualité de structures mises en place depuis les temps reculés de la colonisation. Un certain niveau de dépendance se caractérise aussi par le poids extraordinaire du passé sur le présent.  Dans les sociétés industrielles, la rupture avec le passé séculaire a déjà eu lieu. En effet, pour comprendre, du point de vue des structures économiques, ce qui se passe actuellement en Angleterre, aux Etats-Unis d’Amérique du Nord ou en France, il n’est point nécessaire de remonter jusqu’aux révolutions des XVIIe et XVIIIe siècles. Mieux encore. Les processus contemporains comme la Révolution d’Octobre, la Révolution chinoise, la Révolution cubaine ou tous les autres mouvements révolutionnaires triomphants de notre époque, réalisent des progrès si impressionnants et sont si impétueusement engagés dans la construction de l’avenir qu’ils ont déjà laissé ou sont en voie de laisser très loin derrière eux l’héritage de leur lointain passé.

 
La société haïtienne reste figée dans des structures mises en place depuis plus d’un siècle. (Voilà donc ce qui expliquerait le poids du passé dans la vie quotidienne haïtienne, tant du point de vue des relations économiques et politiques que du point de vue des relations sociales). L’impérialisme yankee, à la faveur de dix-neuf ans d’occupation militaire, n’a fait que consolider ces structures archaïques, afin de les mettre en mesure de servir ses nouveaux intérêts. Les relations arriérées de production (les diverses formes de rente féodale, la dépendance du petit propriétaire) datent des années postérieures à la proclamation de la première Indépendance. De nos jours, on utilise dans nos campagnes les mêmes instruments de production. La même routine caractérise la vie d’hier et celle d’aujourd’hui. En dépit des changements qui se sont produits dans les villes et dans leur voisinage immédiat, on peut donc parler de « stagnation séculaire de notre économie rurale » (l).  Une périodisation de l’histoire haïtienne doit d’abord déterminer les étapes fondamentales de l’établissement des structures agraires en relation avec les moments de grandes crises où particulièrement les masses paysannes, d’une façon ou d’une autre, engagent la lutte contre ces structures. A ce compte, on peut considérer quatre périodes bien caractérisées :
1793-1807, période de transition : ce sont des années de tâtonnement, de recherche d’une nouvelle forme de relations de production ;
1807-1848, période de mise en place des fondements du régime semi-colonial et semi-féodal haïtien ;
1848-1915, période des débuts de la pénétration des rapports capitalistes dans l’agriculture surtout sous l’impulsion du capital étranger ;
1915 à nos jours, période de domination de l’impérialisme nord-américain.
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LA  PERIODE  DE  TRANSITION
Après bien des tâtonnements, bien des remises en question, bien d’intenses discussions, les chercheurs marxistes haïtiens sont arrivés, au cours de ces dix dernières années, à dégager les caractères fondamentaux de la formation économique d’Haïti mise en place après l’Indépendance conquise en 1803. Ce qui, vers les années 1960-1962, était lancé à titre d’hypothèse s’est confirmé par les travaux réalisés ultérieurement (1 bis). De nos jours, on admet généralement que l’esclavage colonial à Saint-Domingue a eu ses particularités qui le différenciaient de l’esclavage antique et qu’ainsi, à sa disparition, il ne pouvait nécessairement donner naissance à un régime féodal. Il faut tout de suite dire que l’écroulement de certaines interprétations dogmatiques sur la succession des modes de production et sur le passage d’une société à une autre (2) a également beaucoup aidé la jeune historiographie marxiste haïtienne.   Mais il ne suffit pas d’affirmer, si l’on ne veut pas rester aux généralisations vagues, que la formation économique et sociale d’Haïti est néo-coloniale (ou semi coloniale) (3) et semi féodale. Après 170 ans d’indépendance, Haïti se situe au plus bas niveau des nations sous-développées d’Amérique. L’esclavage colonial, la mainmise du capitalisme européen après l’indépendance et, plus tard, l’exploitation impérialiste nord-américaine ont existé dans plusieurs autres pays du continent. Pourtant, tous ces pays ont atteint un degré plus élevé de développement ou connaissent un degré moins accentué de sous-développement. Pourquoi en est-il ainsi ? Ce sont les réponses à cette question qu’il nous faut maintenant apporter à la lumière de cette recommandation de Marx :     « … une même base économique (la même, quant à ses conditions fondamentales), sous l’influence d’innombrables conditions empiriques différentes, de conditions naturelles, de rapports raciaux, d’influences historiques extérieures, etc., peut présenter des variations et des nuances infinies que seule une analyse de ces conditions empiriques pourra élucider »  (4)
C’est donc un vaste champ de recherches qui s’ouvre à l’historiographie marxiste haïtienne. Nous ne sommes que tout au début de l’entreprise.  Le terrorisme d’Etat duvaliériste a vilement assassiné des chercheurs compétents. Parmi eux, on peut citer tout spécialement, Jean-Jacques Dessalines Ambroise et Mario Rameau, deux éminents professeurs d’histoire, torturés jusqu’à la mort au cours de l’été 1965 à cause de leurs activités communistes. Bon nombre d’autres historiens progressistes ont été forcés de choisir le « dur métier » de l’exil et se sont trouvés ainsi isolés des sources locales de la recherche. Si le devenir de la science historique en Haïti est en définitive lié à l’issue de la lutte libératrice du peuple,  cependant, malgré toutes les difficultés présentes, des efforts appréciables se font qui indiquent bien que la science historique haïtienne est engagée sur la bonne voie : celle des études marxistes approfondies et des discussions enrichissantes (5)  Deux ans après la grande révolte des esclaves en 1791, les masses travailleuses de Saint-Domingue atteignent une étape importante dans leur lutte séculaire pour la liberté. Un coup décisif, irréversible, est porté au régime colonial esclavagiste avec la suppression de l’esclavage le 29 août 1793. Un problème nouveau se pose : par quels rapports de production remplacer le système aboli ?    Avant d’aboutir au régime semi colonial et semi féodal qui sera ultérieurement mis en place à partir de 1807 et dont nous retrouvons jusque de nos jours certains traits essentiels, diverses tentatives ont été réalisées au cours d’une période de transition allant de 1793 à 1806. A la fin de 1806 et au cours de l’année 1807, la scène politique est dominée par les rivalités entre les couches dirigeantes pour le contrôle de l’appareil d’Etat. Ces rivalités conduisent à la division du pays en deux Etats : une République dans l’Ouest et le Sud sous la direction d’Alexandre Pétion (6), et un Royaume dirigé par Henry Christophe (7) dans toute la partie septentrionale.Closed Blue Robe ch Zalando Clover Indigo Chemise nOwk0P

 
La date coupure, 17 octobre 1806, se justifie par le fait qu’à la suite de la scission opérée après l’assassinat de Dessalines (8), commence dans la République de l’Ouest et du Sud une nouvelle expérience qui s’étendra à tout le pays à partir de 1820. En fait, jusqu’à cette année-là, au cours de laquelle meurt Christophe et s’écroule son royaume, nous retrouvons dans la partie Nord du pays les caractéristiques fondamentales de cette période de transition. Comme dans toute période de transition, les diverses tentatives d’établissement de nouveaux rapports de production sont marquées par le chevauchement, par la lutte des tendances contraires, où l’on retrouve à la fois des éléments appartenant à l’ancienne structure et des éléments annonçant la nouvelle. Mieux. Même après 1820, alors qu’on assiste à la généralisation des relations semi coloniales et semi féodales rétrogrades, des efforts isolés sont tentés qui rappellent certains aspects de l’orientation suivie au cours de la période de transition. Au point que certains auteurs pensent que celle-ci se prolonge jusque sous le gouvernement de Boyer (9).
En réalité, il est connu que dans ce domaine, il n’existe pas de système à l’état pur. Le passage d’une période historique à une autre comporte une intrication extrêmement complexe de relations économiques et sociales diverses. Il s’agit beaucoup moins de rechercher les survivances de tel ou tel système antérieur, que de dégager les caractéristiques fondamentales propres au nouveau système qui est en train de se développer et de déterminer le poids spécifique de celles-ci dans l’évolution ultérieure de la société. A ce compte, nous constatons que la politique économique appliquée par Pétion et renforcée par la suite par Boyer sera, dans son essence, suivie jusque de nos jours et imprégnera à l’économie nationale son caractère scandaleusement dépendant et rétrograde.
LA REVOLUTION DE SAINT-DOMINGUE,  NI ANTIFEODALE, NI ANTICAPITALISTE
Si la nature anti-esclavagiste et anti-coloniale de la Révolution de Saint-Domingue est généralement admise, parce que incontestable, on a voulu y ajouter, dans les dernières études publiées sur la définition de la formation économique et sociale d’Haïti, un contenu soit anti-féodal, soit anti-capitaliste (10). Le caractère anti-féodal de la Révolution se révélerait dans la progressive concrétisation de l’aspiration des anciens esclaves à la petite propriété, au détriment du maintien des grandes plantations.
« Et (paradoxalement pour certains), écrit C.Moïse, si la révolution des esclaves a une signification profonde, c’est justement d’être anti-féodale et anti-coloniale. La fuite vers les terres vacantes et inaccessible (d’où le marronnage), le grignotage sur les plantations, le refus du travail sur les plantations ont progressivement marqué le triomphe de cette tendance anti-féodale et anti-coloniale. »   Quant au contenu anti-capitaliste de la Révolution, G.Pierre-Charles les retrouve dans le fait que l’esclavage colonial à Saint-Domingue a été un élément important du capitalisme européen, en particulier du capitalisme français. La lutte contre l’esclavage a été également ainsi une lutte contre ce capitalisme.
 
La Révolution de Saint-Domingue n’est ni anti-féodale, ni anti-capitaliste parce que tout simplement la tâche historique à ce moment-là ne pose pas le problème de la destruction d’une société féodale ou capitaliste. Certes, on peut admettre, à cause de la spécificité du régime colonial esclavagiste, l’existence de certaines tendances (tendance à la petite propriété, à l’exploitation en commun des grands domaines), qui, si elles avaient triomphé, auraient donné une toute autre connotation au régime économique et social installé après l’Indépendance. Mais justement ces tendances ont toujours été comprimées, maintenues à la portion congrue par la rapacité et l’avidité des couches dirigeantes.   En aucun cas,, ces tendances ne peuvent déterminer le contenu fondamental de la Révolution de Saint-Domingue. La détermination du contenu fondamental d’une révolution dépend surtout de la nature des relations économiques, politiques et sociales contre lesquelles la lutte est engagée ; des revendications charriées par les catégories et couches sociales qui prennent la direction de cette lutte. Dans ce sens, on ne peut parler pour Saint-Domingue de révolution anti-féodale ou anti-capitaliste.
Le fait que l’esclavage colonial à Saint-Domingue, comme d’ailleurs dans plusieurs autres régions d’Amérique, est « une catégorie économique de la plus haute importance » (11) pour le développement du capitalisme, ne suffit pas, à notre avis, pour inférer que la société de Saint-Domingue ait été une société capitaliste et que les luttes anti-esclavagistes, même authentiquement populaires, qui se sont déroulées là et ailleurs soient aussi des luttes anti-capitalistes. Il est clair qu’on ne peut pas partir de l’importance de l’esclavage colonial à Saint-Domingue dans le processus du développement du capitalisme français pour attribuer un caractère capitaliste à la société coloniale esclavagiste. Marx nous rappelle que :
 « C’est toujours dans le rapport immédiat entre le propriétaire des moyens de production et le producteur direct (rapport dont les différents aspects correspondent naturellement à un degré défini du développement des méthodes de travail, donc à un certain degré de force productive sociale), qu’il faut chercher le fondement caché de tout l’édifice social… » (12)
 A Saint-Domingue, ce rapport est incontestablement un rapport esclavagiste. Sinon, on risque, sans le vouloir, d’avaliser les thèses anti-historiques de ceux qui prétendent que les esclaves de la colonie étaient des « prolétaires » et qu’ils formaient « un prolétariat » (13).
 De plus, il est connu qu’à partir du moment où l’esclavage colonial est devenu un frein au développement du capitalisme, celui-ci a lui-même impulsé, par nécessité économique, les luttes anti-esclavagistes et la suppression de l’esclavage. Dans ces conditions, on comprend l’impossibilité de donner un contenu anti-capitaliste aux luttes anti-esclavagistes menées à Saint-Domingue et dans d’autres régions d’Amérique au cours des XVIIIe et XIXe siècles.
D’un autre côté, la tendance permanente des anciens esclaves à travailler sur de petites exploitations agricoles ne constitue pas un élément permettant de déterminer un contenu anti-féodal de la Révolution de Saint-Domingue. Tout d’abord, il importe de signaler que, historiquement, il n’existe pas, en général, d’incompatibilité entre la présence de la petite exploitation et l’établissement d’un régime féodal.
Au contraire, il est généralement admis, pour l’Europe par exemple, que la petite exploitation a constitué aussi un des points de départ de la mise en place du régime féodal et s’est maintenue pendant longtemps dans le cadre de ce régime (14). C’est une étude concrète de la situation (relations économiques globales, caractère des forces productives) qui peut permettre de déterminer le contenu propre de la petite exploitation paysanne à telle ou telle époque donnée. En Haïti, les couches dirigeantes ont pu arriver à intégrer la petite exploitation dans les relations de dépendance semi féodales, à cause justement du faible niveau de développement des forces productives et de l’exiguïté du marché national. La tendance à la petite exploitation, à son origine, traduit le refus des anciens esclaves de continuer à travailler dans le cadre de la grande exploitation. Si en Europe la fuite des travailleurs attachés aux grands domaines a constitué un facteur de désagrégation du système féodal, dans notre pays, il s’agit beaucoup plus, au départ, de la contestation d’une forme d’organisation de la production quel qu’en soit le contenu. En effet, esclavagiste, féodale ou capitaliste, la grande exploitation entrait en contradiction avec l’aspiration fondamentale des cultivateurs à la petite propriété.
Il y a une petite propriété et petite exploitation. « La cohabitation de la petite et de la grande exploitation » n’est pas seulement « le signe d’une longue lutte » comme le signale C.Moïse dans l’article déjà cité. Elle constitue surtout la forme trouvée par les couches dirigeantes pour mystifier les masses populaires, chloroformer les aspirations démocratiques, encore très actuelles, des cultivateurs à la petite propriété et établir la domination semi coloniale et semi féodale. Car tous les petits exploitants ne sont pas de petits propriétaires.  L’objectif fondamental de la Révolution de Saint-Domingue vise la destruction des rapports coloniaux esclavagistes. Il est donc question avant tout d’une révolution anti-esclavagiste et anti-coloniale. Quant au problème à savoir par quels nouveaux rapports économiques et sociaux remplacer les anciens, les différentes catégories sociales protagonistes de la révolution, du moins pour ce qu’on en sait actuellement, n’ont pas laissé de formulations précises et abondantes. Les diverses expériences d’organisation de la production réalisées de la suppression de l’esclavage à la proclamation de l’Indépendance n’ont qu’un caractère indicatif limité, car elles sont chaque fois remises en question au fur et à mesure que s’approfondit la lutte pour l’Indépendance.Closed Blue Robe ch Zalando Clover Indigo Chemise nOwk0P
La réservation du droit de propriété seulement aux Haïtiens, revendication que nous retrouvons exprimée au cours des guerres de l’Indépendance et expressément formulée dans toutes les Constitutions du pays jusqu’à l’époque de l’Occupation nord-américaine, dénote le caractère authentiquement nationaliste, anti-colonialiste de la révolution. Dans la pratique, toutes les couches sociales nationales ne conçoivent pas de la même façon le droit de propriété. On conviendra aisément que cet élément ne peut guère suffire pour caractériser de nouveaux rapports économiques et sociaux.
Il n’y a donc pas eu une orientation anti-féodale ou anti-capitaliste de la révolution. La structure de la société coloniale esclavagiste, les revendications formulées au cours des luttes de libération, les nouveaux rapports économiques et sociaux qui s’établiront par la suite ne nous permettent pas de soutenir une telle affirmation. Ces nouveaux rapports seront la résultante de tentatives, de luttes, d’échecs et de compromis dont nous retrouvons bien des aspects dans la période de transition.
 
UNE  TENTATIVE  DE  PASSAGE  AU  CAPITALISME
Le régime colonial esclavagiste installé à Saint-Domingue se caractérise à la fois par l’organisation du travail la plus avancée pour ’époque et par des rapports de production arriérés. Dans la grande production du sucre, du café, de l’indigo et du coton, nous avons en effet d’un côté la manufacture avec tout ce qu’elle représentait de progrès (concentration des travailleurs, divisions du travail, un certain développement technique : système d’irrigation, utilisation de moulins à eau et, même, tentative d’utilisation de moulins à vapeur…) et de l’autre des rapports sociaux rétrogrades, l’esclavage. Il s’agit donc d’un régime artificiel dans lequel la métropole française accapare la plus grande partie du profit réalisé dans la colonie, au détriment même des propriétaires d’exploitations locales. Si  l’esclavage donc fait la richesse des colons et surtout du secteur de la grande bourgeoisie française intéressée dans la production et le commerce coloniaux, il représente cependant le principal obstacle au développement de la colonie. Les forces de production, tant dans les manufactures que dans les champs, ne peuvent déboucher sur des formes supérieures à cause de l’existence des rapports arriérés esclavagistes (l5)
C’est sur la base de cette contradiction fondamentale que va se développer la lutte contre le système colonial esclavagiste. La suppression de l’esclavage met en cause l’existence même de la grande production manufacturière. De Sonthonax à Dessalines et tout de suite après, avec Christophe, des politiques sont conçues et appliquées pour maintenir la grande production manufacturière et son corollaire naturel, la grande propriété. Bien que ces diverses tentatives aient toutes la même signification, elles se déroulent chaque fois dans des cadres distincts, créés par la radicalisation même de la lutte contre le système colonial.  En effet, avec Sonthonax, Polvérel et Laveaux, il s’agit de maintenir à la fois la grande production manufacturière et les rapports coloniaux. Plus tard, sous Toussaint Louverture, le principal élément de la domination économique de la métropole, le système de l’exclusif, est brisé. Toussaint tente de conserver la grande production manufacturière avec la collaboration de certains colons français et le développement des relations commerciales avec tous les pays. C’est la rupture du « Pacte Colonial ». Durant les gouvernements de Dessalines et de Christophe, le fonctionnement de la grande production manufacturière se réalise dans un Etat totalement indépendant. Toutes les formes de présence ou de contrôle de l’ancienne métropole sont pratiquement éliminées après la proclamation de l’Indépendance. Il s’agit donc d’une expérience se déroulant dans un contexte authentiquement national.
 
Le maintien de la grande production manufacturière soulève à cette époque, sur le plan économique et social, plusieurs problèmes intimement liés entre eux, et qui constituent autant de difficultés auxquelles se heurtent les diverses politiques appliquées, surtout à partir de la proclamation de l’Indépendance : problème des formes de propriété et des relations de travail, difficulté de trouver de nouveaux débouchés, des capitaux et d’assurer la permanence de la main-d’œuvre.
La concentration des petites exploitations de tabac et de cacao et leur transformation en grandes exploitations a été, à la fin du XVIIe siècle et pendant toute la première moitié du XVIIIe, la première condition de l’établissement  dans la colonie de la grande production manufacturière. Certes, à côté de grandes plantations sucrières de 300 jusqu’à 1.000 hectares, on trouve aussi des installations de superficie moyenne, particulièrement des entreprises caféières, variant entre 80 et 100 hectares. Après l’abolition de l’esclavage, et par la suite, la destruction de tous les rapports de domination coloniale, les tentatives de remise en marche de la grande production manufacturière impliquent donc nécessairement le maintien de la grande exploitation. De 1793 à 1806-1807, et même jusqu’en 1819, vers la fin du règne de Christophe, diverses mesures sont prises en vue d’éviter le morcellement des grands domaines.
Pendant toute cette période, les grandes exploitations sont pratiquement maintenues dans les limites établies depuis l’Ancien régime. Par exemple, afin d’empêcher leur démembrement ; Toussaint Louverture interdit toute vente de terre dont la superficie est inférieure à 50 carreaux (soit environ 60 hectares). C’est à tort qu’on a parlé des velléités de Dessalines de distribuer des terres aux cultivateurs. En fait, aucune initiative concrète de la politique dessalinienne ne traduit une telle préoccupation. Quand on considère la politique économique de Dessalines dans l’optique du maintien de la grande exploitation, on se rend compte au contraire qu’il n’était pas question pour lui de morceler les plantations au profit des cultivateurs. La phrase, (« Et les pauvres noirs dont les pères sont en Afrique »)prêtée à Dessalines en réponse aux prétentions injustifiées de certains propriétaires soi-disant héritiers légitimes des colons, peut tout aussi bien se limiter seulement à la défense des intérêts des généraux et autres dignitaires noirs qui eux aussi avaient « leurs pères en Afrique » et ne pouvaient afficher aucun droit d’héritage. D’ailleurs, au delà des intentions, il y a la réalité politique qui est beaucoup plus importante. Dans le royaume du Nord également, l’Etat développe sa politique économique sur la base de la conservation de la grande exploitation. L’indivisibilité des grands domaines est officiellement proclamée.

 
La nécessité de maintenir la grande exploitation favorise donc la constitution de la grande propriété terrienne. En effet, à qui vont appartenir ces plantations ? La brûlante question de la propriété n’a pas pu être définitivement résolue au cours de ces années de transition. Trop d’intérêts divergents s’affrontent alors qu’aucun d’entre eux n’a encore suffisamment de force pour s’imposer. Dans une première étape, toutes les terres abandonnées par leurs anciens propriétaires colonialistes et esclavagistes sont séquestrées et vont constituer ainsi un secteur public de la propriété terrienne. Par la suite, sous Toussaint et sous Dessalines, l’Etat accorde l’usufruit de ces domaines aux grands fonctionnaires civils et militaires. C’est de toute façon une première forme d’appropriation du revenu des terres par les couches dirigeantes en formation.  Plus tard sous Christophe, les terres sont concédées sous forme de fiefs aux grands personnages du royaume. La couche des grands propriétaires fonciers s’élargit ainsi et se consolide.

 
Les nouveaux bénéficiaires sont obligés de faire fonctionner l’exploitation, d’en assumer directement la contrôle, de couvrir les frais nécessaires, sinon l’Etat se réserve le droit de leur enlever à tout moment la jouissance de la concession. Cela permet de réfréner en quelque sorte la tendance à l’absentéisme. La rémunération de la force de travail se fait selon un double système le salariat et le partage portionnaire. Sous Toussaint Louverture, il est maintenu le même barème des salaires fixés par les règlements de culture de Polvérel. Les journaliers reçoivent, pour une journée de travail de 9 heu­res, un demi-escalin par heure pour les hommes, soit 1/9 de dollars, et 1/3 escalin pour les femmes. C’est sur cette base que l’on détermine la part qui revient aux cultivateurs portionnaires. D’autres travailleurs qui louent leur force de travail pour un temps plus ou moins long, touchent un salaire s’élevant à 4 dollars par mois pour les hommes âgés do plus de 18 ans, à deux dollars et demi pour les femmes et à deux dollars pour les jeunes de 14 à 18 ans. Sous Dessalines et sous Christophe, un quart de la récolte est destiné à la rémunération des travailleurs. Mais les proprié­taires doivent d’abord vendre la part de la récolte qui revient aux cultivateurs et payer ceux-ci en argent. A l’époque de Dessalines, dans les sucreries on octroie des salaires de 25 centimes, de 12 centimes 1 2 et de 6 centimes par jour aux diverses catégories de travailleurs(16).La rupture du courant commercial métropole-colonie à la suite de la proclamation de l’indépendance impose la néces­sité de trouver de nouveaux débouchés. Le blocus économi­que établi par la France n’empêche pas le développement des courants commerciaux existant déjà depuis assez long­temps entre le pays et l’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique. Cependant, le nouvel Etat est bien des fois obligé de subir les conditions désavantageuses du marché constitué par ces nouveaux clients.
Les débuts de l’industrie sucrière européenne et nord-américaine à base de la bette­rave, la baisse progressive des prix du sucre (17) affectent considérablement l’avenir d’une politique de maintien de la production manufacturière du sucre dans le nouvel Etat. Les capitaines des navires refusent systématiquement le sucre haïtien, et les mesures mises en vigueur par Dessa­lines ne modifient pas grandement la situation (18). Or quand on pense à la place prépondérante de la production du sucre dans l’économie coloniale esclavagiste, on com­prend l’importance de la difficulté que doit affronter la politique économique de l’Etat au cours de cette période de transition. D’un autre côté, dans leur grande majorité, les couches dirigeantes en formation ne disposent pas des capitaux nécessaires à la remise en marche des grandes exploitations manufacturières de sucre, café, coton, etc. Les ruines cau­sées par la guerre de libération rendent plus aigu le problè­me des capitaux. La masse des anciens propriétaires affranchis a toujours possédé des entreprises de moyenne importance, dédiées surtout à la culture du café et de l’indigo. Dans la hiérarchie coloniale, il s’est toujours agi d’une catégorie de propriétaires moyens. La nouvelle aristo­cratie militaire vient à peine d’être formée et, naturellement, ne dispose pas de capitaux nécessaires à une telle entre­prise. Toussaint Louverture tente de résoudre partiellement le problème en permettant à certains colons de rentrer en possession de leurs biens. Mais déjà, sous Dessalines et sous Christophe, aucune forme de propriété Foncière étrangère n’est admise (19). On doit donc compter uniquement sur les possibilités locales. Or les nécessités impérieuses de défense absorbent une bonne partie des fonds que l’Etat aurait pu, à ce moment, affecter au développement économique. De plus, l’idée bien ancrée de la fragilité de l’indépendance nouvellement conquise et de la possibilité d’~ un retour offensif~’ des colonisateurs esclavagistes n’est naturellement pas de nature à encourager les rares détenteurs de capitaux. Au contraire, on note au cours des mois qui suivent la proclamation de l’indépendance, toute une tendance à la joie de vivre, aux dépenses somptuaires, qu’on peut aussi expliquer par cette forte croyance qu’une nouvelle guerre peut tout détruire, d’un moment à l’autre. Dans ces conditions, le maintien de la grande production manufacturière va nécessairement entraîner une rigoureuse exploitation des travailleurs. En effet, seules l’intensification du travail et l’augmentation du rendement peuvent suppléer au manque de capitaux. Mais la main-d’œuvre fait tragique­ment défaut.
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L’arrivage de nouveaux bras par la traite négrière est pratiquement tari depuis 1790-1791. Toutes ces années de lutte ont d’autre part contribué à diminuer d’une façon ou d’une autre la main-d'œuvre disponible. Après la proclama­tion de l’indépendance, la constitution d’une armée nom­breuse de 52.000 hommes (sous Dessalines par exemple) pour faire face aux nécessités de la défense et le marronnage des cultivateurs qui désertent les grandes plantations vien­nent considérablement aggraver le problème. Plusieurs ten­tatives infructueuses sont entreprises pour favoriser l’arri­vée de nouveaux immigrants. Mais l’attitude des cultivateurs a été la principale pierre d’achoppement de toutes cette politique économique. Le système colonial esclavagiste n’a pas seulement engendré chez les cultivateurs la haine de la grande plantation, Il a aussi donné naissance à l’aspiration à la petite propriété. En effet, l’existence des communauté marronnes, les places à vivre « concédées aux esclaves pour la culture de vivres destinées à leur alimentation, le petit commerce qui se développe autour de la plantation, tout cela donne un sens très concret à l’aspiration à la petite propriété. Pour la grande masse des cultivateurs, liberté et indépendance signifient aussi droit à la petite propriété, li y a même eu des tentatives de cultiver en commun certaines grandes plantations. On comprend pourquoi les Règlements de cultu­res sont à la fois vigilants et sévères vis-à-vis des formes d’association des cultivateurs. La contrainte extra économique est utilisée au cours de toutes les expériences mises en vigueur au cours de cette période de transition. Les cultivateurs sont attachés aux grandes plantations. L’armée, principal instrument de coer­cition, est chargée de la surveillance des travaux agricoles et de l’exécution des Règlements de cultures.
Des peines très sévères sont prévues pour les travailleurs qui fuient les grands domaines. La fonction de l’armée n’est donc pas seulement de défendre l’indépendance nouvellement conqui­se, mais aussi de réprimer les cultivateurs. Une contradic­tion se développe entre son caractère d’armée de libération et son rôle oppressif. Elle se transforme en une force au service des couches dirigeantes. Naturellement cette muta­tion ne s’opère pas sans problème. Les généraux sont grands propriétaires, mais à la base de l’armée on retrouve aussi la tendance à la petite propriété. Et on peut se demander si ce n’est justement pas à cause de ce problème et aussi pour ne pas favoriser les contacts entre la base de l’armée et la masse des cultivateurs que Christophe utilisera une force spéciale pour la surveillance des travaux des champs. Les cultivateurs identifient totalement la grande exploitation à l’ancien régime colonial esclavagiste. Aussi malgré la répression ils tendent de plus en plu. a marronner les grandes plantations. Dans les mornes surtout se déve­loppe la petite exploitation de vivres alimentaires, de café et de coupe de bois précieux. Une lutte sourde et tenace se déroule donc entre la tendance des masses d’agriculteurs à la constitution de la petite exploitation individuelle et celle des couches dirigeantes au maintien de ta grande exploitation manufacturière. La caractérisation de ce régime de transition est absolu­ment importante pour comprendre l’évolution ultérieure de l’Histoire nationale. Sa basant sur la forme de propriété. sur la contrainte extra économique ou même sur la forme d’Etat, on a parlé d’établissement d’un régime féodal. Et, une fausse compréhension du système colonial esclavagiste aidant, on a trouvé naturel qu’un régime féodal succède à l’esclavage colonial. En fait, il n’en est rien. Ce régime de transition constitue, objectivement, une tentative de passage au capitalisme sans connaître l’étape féodale (19 bis). Dans les observations qui précèdent les Règlements de culture du 28 février 1794, Pol­verel nous donne une indication significative sur l’originalité des nouveaux rapports à mettre en place.
En effet, après avoir signalé comment l’abolition de l’esclavage oblige à introduire un mode de culture inconnu en France «, il écrit pour caractériser ce nouveau mode de culture « à Saint-Domin­gue: Les établissements sont à la fois agricoles et manufacturiers. Non seulement ils produisent la matiè­re, mais ils lui donnent sa forme et sa valeur. D’où il résulte qu’une seule famille ne saurait suffire, comme en France, pour l’exploitation d’un établisse­ment. Chaque établissement renferme une population nombreuse, et plus forte quelquefois que celle de telle petite ville ou de tel petit village d’Europe ce sera dorénavant de bras libres et d’un travail volontaire que ces importants établissements auront à faire dépendre leur existence et leur activité. (Souligné dans le texte). Les relations de travail, nous l’avons déjà dit, sont fonda­mentalement des rapports salariaux entre propriétaires des grandes plantations et travailleurs libres, ne possédant que leur force de travail. Polvérel l’affirme clairement. Il veut une société fondée sur ces deux catégories sociales. Certes, à aucun moment on ne parle de capitalisme. Pour Polvérel, comme plus tard pour Toussaint Louverture, Dessalines et Christophe, il ne s’agit pas d’une volonté expressément définie d’établir un régime capitaliste. Mais, objectivement, la politique qu’ils appliquaient, si elle était poursuivie, aurait conduit à ce résultat. La forme de propriété, la contrainte extra économique, la forme impériale ou monarchique du pouvoir d’Etat ne suffi­sent pas à eux seuls pour caractériser un régime féodal. Précisons tout de suite que la forme de propriété ne repré­sente pas un élément fondamental dans la question qui nous occupe. D’une façon générale, écrit Lénine, il est faux de croire que l’apparition du capitalisme agraire suppose en elle-même une forme particulière de possession foncière. Et plus loin il ajoute, Aucune particularité de la possession foncière ne peut donc, au fond, être un obstacle au capitalisme qui revêt des formes différentes suivant les diffé­rentes conditions agricoles, juridiques et sociales(20). Le phénomène important est donc la pénétration du capital dans l’agriculture.
Sous Toussaint Louverture, Dessalines et Christophe, nous sommes incontestablement en présence d’une agriculture marchande, basée sur la grande propriété foncière, dans laquelle se réalise certains investissements et où les travailleurs sont totalement dépourvus de moyens de production. Si nous partons des forces de production, l’élément le plus dynamique dans le processus de production, nous cons­tatons que pendant cette période de transition, il y a une politique systématique de conservation de ce qu’il a de plus avancé dans l’ancienne société (les forces productives manufacturières) et même de les développer, ce qui dans tous les cas exige un certain niveau d’investissement dans agriculture. La politique économique de cette époque com­porte un dynamisme, surtout au point de vue du développe­ment. Les diverses mesures appliquées donnent, malgré toutes les difficultés signalées, des résultats positifs. On assiste à une certaine reprise de la production des denrées d exportation, tout au cours des expériences faites sous Toussaint Louverture, Dessalines et Christophe. La politique de Dessalines se rapproche beaucoup plus d’une sorte de capitalisme d’Etat. La nationalisation des terres et la lutte pour l’élargissement du secteur public de la propriété ter­rienne, un strict contrôle commercial caractérisé par des mesures tendant à Ta fois à combattre la monopolisation du commerce local par un groupe très réduit de gros commerçants (système de consignation), à créer un secteur d’Etat du commerce (magasin du Domaine), et à fixer les prix des denrées d’exportation, tout cela donne à cette politique une orientation nettement interventionniste. Les résultats de cette politique économique sont encore plus marquants dans le royaume de Christophe.
C’est aussi I expérience qui a duré le plus, de 1807 à 1820. Voilà un régime qui, par quelques éléments importants (forme monarchique du pouvoir d’Etat, forme de la propriété, force de la contrainte) se rapproche le plus des caractéristiques propres au régime féodal. Aussi existe-t-il, dans notre his­toire, une tradition tenace de considérer le régime de Chris­tophe comme le type même de la féodalité en Haïti. Certes, on ne passe pas sous silence les succès économiques de ce régime surtout en comparaison avec la situation dans la République de l’Ouest et du Sud. Mais, c’est pour tout de suite faire ressortir, parfois même avec apitoiement, que ces résultats ont été obtenus au prix d’une violence inouïe et d’une féroce exploitation des masses populaires. On sait déjà que les couches exploiteuses, dans leur histoire, ne favorisent pas le progrès économique sans justement l’exploitation la plus dure des masses. L’histoire des progrès économiques dans les régimes d’exploitation est aussi l’histoire du prix de sueur et de sang payé par les travailleurs. En ce qui concerne l’histoire du capitalisme par exemple, Marx, après avoir indiqué les différentes lois sanguinaires « édictées contre le vagabondage en Angleterre à la fin du XV è